Accroché à la pause, le Stade toulousain a accéléré en début de seconde période pour marquer trois essais en 15 minutes au Stade Français. Les Rouge et Noir s'imposent finalement 31-13 à Bordeaux et rejoignent Clermont en finale. C'est la même affiche qu'en 2001, année du dernier titre toulousain...
Il faisait lourd, très lourd en ce dimanche à Bordeaux, et le clasico entre les Stades promettait lui-aussi d'être bouillant, comme d'habitude. Toulouse, pour sa quinzième demi-finale consécutive en Championnat, alignait finalement son équipe type. Heymans, replacé à l'aile pour ménager un peu son épaule, Dusautoir et Servat étaient bien titulaires. A l'issue d'une saison interminable et épuisante, entre deux équipes très proches malgré un style de jeu très différent, le tout sous une chaleur moite et irrespirable, on se doutait bien que la fraîcheur physique ferait la différence. Surtout que l'affrontement a démarré par un rugueux défi physique dans l'axe, déjà exigeant pour les organismes. Après l'échec en finale de Coupe d'Europe, les Toulousains avaient juré de tout faire pour se venger en Championnat. Ils n'ont pas menti. Plus agressifs, un peu plus entreprenants aussi, ils dominaient plutôt le début de rencontre. La consigne était sans doute la même que celle des Clermontois samedi, à savoir mettre beaucoup de rythme pour déplacer l'adversaire et créer des espaces.
Après vingt minutes de domination, les Haut-garonnais ont logiquement concrétisé par deux pénalités d'Elissalde, et ils auraient même pu viser mieux si Bouilhou avait regardé extérieur sur une superbe percée de Médard. Son retour intérieur vers Jauzion permettait aux Parisiens de revenir défendre. Mais les champions de France avaient quand même du mal à imposer leur jeu. Ils étaient indisciplinés, manquaient ainsi souvent de patience, à l'image de ces deux drops improbables tentés par Hernandez. Leur défense impeccable leur permettait tout de même de limiter les dégâts, et leur mêlée prenait petit à petit le dessus. Bref, le combat s'équilibrait, le rythme baissait, pas le nombre de fautes de main, et tout restait à faire dans ce match tendu, sans surprise. Les intentions étaient toulousaines, malgré cet essai refusé à Parisse, mais le Stade Français était rarement inquiété. Serré, crispant, pas franchement spectaculaire mais très intense, bref, comme un Stade Français-Toulouse.
Après une mi-temps passée sur la pelouse, sous les parasols pour les Toulousains, dans le couloir au frais pour les Parisiens, afin éviter le long tunnel de Chaban Delmas, Toulouse est reparti à l'attaque, sur le même schéma, en mettant du rythme. «Entre Paris et Toulouse, ça se joue toujours sur des détails», rappelait Elissalde avant la rencontre. Restait donc à attendre ce fameux tournant. Il est venu d'un essai à la course de Maxime Médard après un coup de pied de Kunavore, suite à un nouveau ballon perdu par le Stade Français. Toulouse avait pris dix points d'avance d'entrée, et avait bien l'intention d'enfoncer le clou dans la foulée en accélérant nettement. Il lui a suffi de profiter des fautes encore trop nombreuses des Parisiens pour marquer trois points de plus et creuser un écart conséquent de treize points. Les hommes de Fabien Galthié n'avaient plus le choix, il fallait tout tenter pour revenir.
Le nombre incalculable de ballons perdus au sol ou sur fautes de main a rapidement plombé leurs espoirs. Surtout que Toulouse dominait aussi en touche, et sur un ballon contré par Albacete, Jauzion marquait entre les perches, après plusieurs temps de jeu, l'essai du KO pour le Stade Français, qui allait boire le calice jusqu'à la lie avec un troisième essai d'école de Yannick Jauzion, après un nouveau ballon perdu. Le second acte était à sens unique, et le champion de France avait complètement lâché prise. Vexé, il a quand même montré une belle réaction d'orgueil, récompensée par un essai de filou de Fillol. Mais Toulouse était simplement plus fort, notamment grâce à une démonstration du talent de Médard. Fritz ajoutait un drop pour finir, et le Stade Toulousain ira chercher un 17e sacre au stade de France. A Paris, il s'agit maintenant de reconstruire.
Clermont s'est qualifié pour la finale du Top 14 en battant Perpignan (21-7), samedi à Marseille. Les Auvergnats n'ont jamais tremblé. Ils joueront leur neuvième finale la semaine prochaine au Stade de France. Ce sera contre le Stade toulousain vainqueur du Stade français à Bordeaux, 31-13
Voilà l'été, enfin l'été ! En même temps que cette rengaine bienvenue, le Top 14 passait enfin à ses phases finales avec un premier choc très attendu entre Clermont et Perpignan. Le stade Vélodrome avait décidé de fêter dignement cet honneur, avec un soleil de plomb, une température caniculaire et des virages embrasés par des milliers de supporters jaunards ou sang et or. Le jeu flamboyant de l'ASM contre le rugby à l'ancienne de l'USAP, l'opposition de style était totale, elle fut criante d'entrée. A une percée de cinquante mètres de Baby, les Catalans ont répondu par une cocotte autour du vieux guerrier Porcu, parfait symbole de l'équipe. Très entreprenants, les Clermontois ont largement dominé le début de rencontre, profitant aussi de l'absence de David Marty, finalement forfait, pour passer souvent au coeur de la défense adverse. Le pressing, la vitesse, l'envie incessante de jouer des Auvergnats empêchaient tout simplement l'USAP de jouer au rugby, de voir le ballon, et surtout de se sortir de son camp. Après une démonstration de 10 minutes, il fallait quand même marquer, et Brock James s'en chargeait d'un drop imparable. Clermont assumait sans ciller son statut de favori, et avait pris le jeu à son compte, avec autorité.
Mais Perpignan connaissait très bien le scénario, et savait pertinemment qu'il faudrait d'abord faire le dos rond. Et le choix de Jacques Brunel de mettre six avants sur le banc en disait long sur la tactique catalane. Pour l'instant, ses hommes se contentaient donc de défendre et d'occuper le terrain au pied, bref d'attendre leurs adversaires. Mais face à des joueurs comme Nalaga, c'est dangereux, voire suicidaire, et Nicolas Laharrague peut en témoigner : sur une énième relance de Baby, la bombe fidjienne lui a collé un raffût d'école, aussi humiliant que spectaculaire pour aller planter son 17e essai de la saison, pour son... 16e match ! L'ASM avait fait le break, et c'était franchement mérité. Complètement étouffé, l'USAP n'existait pas, et aurait même pu encaisser bien plus que seize points dans cette première période à sens unique. On se posait des questions sur la fraîcheur des Auvergnats après une fin de saison moins flamboyante, leur réponse était cinglante et superbe.
Après quarante minutes à courir après le ballon et les maillots jaunes qui le portaient, les Catalans se trouvaient devant un problème quasi insoluble : comment remonter seize points et prendre le dessus sur la machine jaune et bleu, quasiment inarrêtable lorsqu'elle évolue à ce niveau. Au lieu de rendre systématiquement le ballon à un adversaire qui ne demande que ça, il leur fallait désormais le priver de munitions pour imposer leur jeu. Mais ils ont vite déchanté, et n'ont même pas eu le temps d'y croire. Comme souvent en première période, les Perpignanais ont commis trop de fautes, notamment des en-avants, signes de leur impuissance. Et aussi et surtout trop de plaquages manqués, comme sur cette touche rapidement jouée où Nalaga s'est encore amusé à distribuer des cartes de visite en passant avant de plonger une nouvelle fois dans l'en-but. La démonstration tournait à l'humiliation, et seuls des péchés de gourmandise (Baby par exemple) ont sauvé les Catalans d'une déroute encore plus lourde. Ensuite, la chaleur a commencé à marquer les organismes, le rythme est logiquement retombé et Clermont a laissé venir. Il y eut bien un beau sursaut d'orgueil de l'USAP pendant vingt minutes, récompensé par un essai de Laharrague pour l'honneur. Mais la messe était dite depuis longtemps, et Clermont pouvait déjà gérer pour préparer sa finale. Les Jaunards ont encore justifié la couleur de leur maillot, il ne leur reste plus qu'à vaincre le signe indien samedi prochain.